Le petit bois situé autrefois au bas de la butte des Mandiers, entre les villages de la Ville-ès-Roux et de Boulifard, était un endroit redouté des gens du pays. Le bois de la Hue - c'était son nom - servait de refuge à une levrette qui se ne montrait qu'à la tombée de la nuit et importunait les passants.
Malheur au pauvre paysan qui empruntait le soir le chemin de traverse reliant les deux villages ! Aussitôt qu'elle l'apercevait, la vilaine bête le prenait en chasse et l'obligeait à courir jusqu'aux premières maisons de son village. Il est vrai qu'elle était agile et qu'elle courait vite avec ses grandes pattes.
Quelquefois elle était vautrée au bord du chemin et semblait ne pas s'intéresser aux passants. Pourtant, si l'un d'entre eux s'arrêtait pour mieux l'observer, elle se mettait à grossir. Mauvais présage. Le passant comprenait alors qu'il valait mieux déguerpir. On dit qu'elle n'aimait pas qu'on la regarde de trop près. Elle était irascible.
Un soir elle était couchée en travers du chemin quand arriva un paysan rentrant à Boulifard avec sa carriole et son cheval. Elle semblait dormir. " Je l'écraserais bien ", se dit ce dernier. " Le pays serait ainsi débarrassé de cette créature de malheur ". Mais elle ne dormait que d'un oeil. Elle fit le gros dos au moment où l'une des roues de la carriole allait l'atteindre et donna un violent coup de rein qui renversa tout l'équipage.
Par la suite, les paysans qui la virent dans cette position, prirent bien soin de la contourner pour ne pas la déranger.
Certaines personnes prétendaient l'avoir bien examinée. Pour elles, il ne s'agissait pas d'une levrette, mais tout simplement d'un gros chat sauvage. Partisans et adversaires se sont plus d'une fois affrontés à ce sujet : les discussions duraient même des soirées entières.
Des gens, voyant mal la nuit, crurent bien faire en allant se promener en plein jour dans le bois de la Hue pour tenter de rencontrer la levrette (ou le gros chat). Ils reviennent déçus, paraît-il, car ils ne trouvèrent jamais rien.
À ce jour personne n'a encore pu dire ce qu'il en était exactement. Pourtant, c'est ainsi que l'on raconte l'histoire de la levrette qui hantait le bois de la Hue.