Raymond DEVOS.
E N C OUP DE VEN T
L'été dernier... j'avais trouvé un petit hôtel au bord de la mer, pour être tranquille ! ... Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit ! Au petit jour, j'ai fait la valise, je suis allé voir le patron de l'hôtel.
Je lui dis :
— Qu'est-ce que c'est que votre hôtel ? Le voisin d'à côté n'a pas arrêté de siffler la nuit.
Il me dit :
— ce n'est pas le voisin, c'est le vent !
je dis :
— Les portes qui claquent ?
Il dit :
— C'est le vent !
Je dis :
— Ce n'est pas le vent qui faisait tout ce vacarme ?
Il dit :
— Si ! Chaque fois qu'il y a un coup de vent, il y a un élément de la maison qui s'en va !
j'ai dit :
— Vous le remplacez ?
Il dit :
— Ça coûterait trop cher...Pensez ! Un pan de
mur, à l'heure actuelle, ça ca chercher plusieurs
milliers de francs.
J'ai dit :
— Légers ?
Il me dit :
— Non, lourds ! Légers ? ... Pensez... Avec le vent qu'il fait...
j'ai dit :
— Ça vous fait des chambres en moins ça !
Il me dit :
— Oui ! J'ai débuté ici avec cent chambres... Il
m'en reste huit !
Je lui dis :
— Les clients ne doivent pas rester ?
Il me dit :
— Non ! Un coup de vent et ...pfuit...il y a un client qui s'en va ! Je perds en moyenne deux clients
par nuit !
Je lui dis :
— Ils ne disent rien ?
IL me dit :
— Non ! Ils sont soufflés ! D'ailleurs, vous êtes le premier client à prendre la porte... Tous les autres sont sortis par la fenêtre !
Je lui dis :
—Quand ils sortent par la fenêtre comme ça... ils ne vous paient pas ?
Il dit :
— Non ! C'est du vol !
Je lui dis :
— Vous ne les poursuivez pas ?
Il me dit :
— les poursuivre ? ... Avec le vent qu'il fait ! Ça mènerait trop loin !
Je dis :
— Il n'y en a pas qui reviennent ?
Il me dit :
— Si ! Quelquefois... quand le vent tourne ! Ce sont des clients de passage.