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Dans ce blog mon journal intime & aide css et design ect... un peu de tous, beaucoup de rien < -_- > Beaucoup de choses s'y trouve, un peu de moi s'y perd...

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La dernier bolée

Quand je vois où va le monde d’aujourd’hui il m’arrive parfois de regretter d’être immortel. Moi qui ai passé des siècles à l’ombre de vieux chênes, je pleure maintenant de les voir me quitter pour faire place à des routes inanimées. Je comprends à présent, sans aucune difficulté, toutes ces raisons qui ont poussées nos korrigans à se retirer de la partie visible de la terre pour vivre cachés en attendant que la nature reprenne ses droits.

Peut-être… ?, Peut-être est-il venu aussi pour moi le temps de disparaître un moment ? Je vais y réfléchir sérieusement.

Mais, foi de Yaouen Le Malin, je ne peux vous laisser ainsi englués dans votre misérable condition.

Non, je ne vous laisserai pas ! Pas sans vous avoir conté au préalable l’histoire qui arriva une nuit de pleine lune, il y a de ça très très longtemps, à Yvonig Kerlae, un habitant du bourg de Ploven.

Car, déjà à cette époque, alors que les très vaillants chevaux bretons s’épuisaient à tirer leurs lourdes charrettes sur des chemins sinueux et boueux, Yvonig Kerlae, lui, ne parlait que de progrès et de… profit. Mais, n’allons pas trop vite, il ne s’agit pas de mettre la charrue avant les bœufs, l’histoire ne doit débuter qu’à son commencement et ne doit finir qu’à son achèvement, et surtout n’oubliez pas, une fois commencée, vous devez la suivre jusqu’à son terme, car l’histoire meurt si vous la quittez avant la fin...

… En ce doux printemps de cette sainte année 1428, la nature était si belle que, l’espace d’une journée, même les oiseaux s’étaient arrêtés de voler juste pour le plaisir de la regarder pousser, mais ceci, ceci est une autre histoire que je vous raconterai peut-être un jour. Car au matin du 8 mai 1428, il y avait plus d’oiseaux dans le ciel que de poils dans la main du tavernier du bourg de Ploven, ce qui n’est pas peut dire.

Je n’étais arrivé dans ce petit village que depuis la veille mais j’étais déjà fort bien informé de ce qui se tramait en ce jour, car à tout vous dire, tout le monde ne parle plus que de ça : Yvonig aidé de ses deux fils, les dénommés Fanch et Gwen, a pour projet de détourner le chemin de terre qui conduit tout droit de l’église au cimetière pour le faire passer juste devant leur chaumière située à deux cent pas plus à l’Ouest.

Ceci peut paraître insignifiant aujourd’hui, mais croyez-moi, à l’époque, à trois, armés d’instruments de fortune, construire un talus d’une centaine de mètres, de la taille d’une hauteur d’homme pour obliger les charrettes à le contourner, cela n’était pas mince affaire. D’autant qu’une fois ce travail terminé, il fallait encore empierrer le sol afin d’inciter les promeneurs à prendre la direction de la chaumière et non le sens inverse.

Chacun savait qu’il faudrait des mois aux trois hommes pour réaliser leur projet et beaucoup riaient de les voir se tuer à la tâche sans jamais y arriver. Mais Yvonig n’en démordait pas, il savait que la faux de l’Ankou, elle, ne rechignait pas à la besogne. Ces derniers mois il avait même compté plus d’enterrements que de naissance sur la paroisse de Ploven.

 

Et c’est là que l’idée lui est venue. L’idée d’Yvonig c’est de transformer sa chaumière en taverne et d’encaisser toutes les pièces que les hommes lui donneront en venant consommer chez lui à leurs nombreux retours du cimetière. C’est sûr, la richesse lui tend les bras, pour peu, évidemment, qu’il arrive à construire ce maudit talus long de deux cent pas. Car pour l’instant, personne ne passe devant chez lui et tous les hommes retournent directement jusqu’au bourg engraisser ce maudit fainéant de Galarn Le Louarer.

 

Yvonig, Fanch et Gwen passèrent la journée entière à creuser le sol et à acheminer la terre. Et ils recommencèrent le jour suivant, et le jour suivant, et le jour suivant. Au bout de sept jours de durs labeurs le tas de terre haut d’un bon mètre cinquante s’allongeait sur cinq malheureux petits mètres.

 

Nos trois compères étaient totalement épuisés, le moral miné par tout le village qui passait à longueur de journée devant eux en se gaussant de ceux que chacun surnommait maintenant les trois benêts.

 

Mais Yvonig avait la tête aussi dure que la caillasse qu’il en extrayait à longueur de temps. Il décida que si les journées étaient trop courtes, il leur faudrait alors travailler aussi une partie de la nuit. Et c’est ainsi que les trois hommes continuèrent leur labeur à la lueur des lanternes jusqu’à s’endormir d’épuisement.

 

Leur seconde nuit de travail, je m’étais assoupi au pied d’un chêne à moins de cinquante pas des travailleurs nocturnes, c’est ainsi que je pu voir de mes yeux la scène que je vais vous conter maintenant.

 

Alors qu’Ivonig s’adossait contre un arbre creux pour s’essuyer le front d’un revers de la manche, je vis un Korrigan sortir de la souche de l’arbre, puis un second et un troisième. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion de rencontrer un Korrigan, mais croyez-moi même quand on y est habitué cela fait toujours un drôle d’effet. Je me suis approché suffisamment près pour entendre leur conversation en gardant toutefois mes distances. Avec ces petits êtres des bois il vaut mieux être des plus prudents, je l’ai bien souvent appris à mes dépends.

 

Alors que les deux derniers lutins tournaient autour de Fanch et de Gwen en jouant de la flutte et en dansant, le premier s’adressa à Ivonig. Il se grattait la barbe en regardant le travail accompli ces derniers jours.

 

 

 

-« Sacré Ivonig ! C’est donc bien toi qui fait tout ce bruit ! Mais qu’est ce qui te prend ! On n’arrive plus à dormir nous avec tout le raffut que tu nous fais là ! » Lui demanda Korian le Korrigan.

 

-« J’en suis désolé, mais les jours sont trop courts. Si je veux avoir finit avant les froidures de l’hiver je dois travailler une partie de la nuit ! »

 

-« Que fais-tu donc ? »

 

-« Un talus ! »

 

-« Je le vois bien ! Mais pour quoi faire ? »

 

-« Une route ! »

 

-« Mais… gros bêta que tu es ! Il y en a déjà une de route ! »

 

-« Je l’sais bien qu’il y a déjà une route, seulement elle ne passe pas devant chez moi ! »

 

-« Et pourquoi voudrais-tu qu’elle passe devant chez toi ? »

 

-« ça c’est mes affaires ! »

 

-« C’est un peu les notre aussi. Tu ne te rends donc pas compte que si tout le monde se met à vouloir d’une route devant chez soi il n’y aura plus de bois, plus d’herbe ! Chaque coup de pelle et de pioche ainsi donnés sont autant de coups de poignard qui font saigner notre mère nature ! »

 

-« En attendant c’est moi qui sue sang et eau ! »

 

 

 

Les deux autres lutins ne cessaient de tournoyer en jouant de la musique. Ils commençaient à agacer sérieusement les fils d’Ivonig qui battaient des pieds autour d’eux comme on bat des bras pour chasser une mouche ou une guêpe.

 

 

 

-« Nous autres, petits êtres des bois, ne saurions tolérer plus longtemps que les hommes soient si peu respectueux du monde dans lequel ils vivent ! Ivonig Kerlae, si tu ne me donnes pas une bonne raison de te laisser continuer ton ouvrage, je reviendrai toutes les nuits défaire ce que tu auras réalisé le jour même ! » déclara Korian en montrant l’homme ne son doigt crochu.

 

 

 

Ivonig, bien embêté, n’avait plus guère le choix. Il avoua à Korian le Korrigan la raison de son labeur.

 

 

 

-« Je veux que la route passe devant chez moi car je veux transformer mon pen-ty en taverne afin que les habitants puissent si désaltérer en revenant du cimetière. »

 

-« Tu peux le faire sans avoir la route devant chez toi ! »

 

-« Oui ! mais si la route passe devant chez moi beaucoup plus de monde s’y arrêtera ! »

 

-« Ivonig, tu veux t’enrichir sur le compte des morts ! Tu n’as pas peur que de vivre des morts n’attire le regard de l’Ankou sur ta demeure ? »

 

-« Je ne veux pas vivre comme un miséreux toute ma vie durant ! Je construirai cette route et j’ouvrirai mon commerce, même si je dois pour cela vendre mon âme au grand cornu ! »

 

-« Et bien moi, Korian, je désapprouve que la nature doivent souffrir de ton avidité !  Ta réponse et ton ouvrage ne me plaisent pas !»

 

 

 

Korian claqua des doigts et, chose incroyable, un éclair bleuté s’abattit sur le talus dans un nuage de poussière. Korian et ses deux compères se glissèrent en riant dans la vielle souche de bois par laquelle ils étaient venus. Une fois le nuage dissipé, Ivonig se prit la tête entre les mains. Le paysage avait repris son aspect d’il y a une dizaine de jours, tout le travail effectué venait d’être effacé d’un seul claquement de doigt.

 

Il rentra chez lui et s’endormit dans son lit encore plus épuisé par ce qu’il voyait que par la fatigue de la journée.

 

Le lendemain matin, à son réveil, il se persuada que ce qu’il avait vu la veille ne pouvait être qu’un cauchemar. Certes, il ne remettait pas en cause l’existence des Korrigans, mais quand même, effacer tout son travail d’un claquement de doigt, nul ne peut en ce monde faire cela.

 

Pourtant, une fois sortit de sa maison, Ivonig dut se rendre à l’évidence, le talus avait bel et bien disparu.

 

-« Qu’à cela ne tienne ! » Cria-t-il, « Diable de Korian, tu te lasseras avant moi ! » Et il se remit au travail.

 

 

 

Trois jours durant il recommença et trois nuit durant Korian vint durant son sommeil tout effacer d’un claquement de doigt. Les gens ne riaient plus dans le bourg de Ploven. Tous les volets des maisons se fermaient à double tour bien avant la tombée de la nuit. Chacun savait qu’il y avait dans ces disparitions de talus un maléfice qui ne pouvait être l’œuvre que d’esprits malins. Il valait mieux éviter de trop s’approcher d’Ivonig pour ne pas avoir à risquer de goûter aussi de son malheur.

 

Même Fanch et Gwen firent leur baluchon et partirent s’engager dans la marine royale pour fuir leur père indésirable. Ivonig resta seul, mais le bougre est plus têtu que son âne. Ce jour-là, au-lieu de travailler, il alla se coucher, dormit toute la journée, et, à la nuit tombée s’assit devant la souche de l’arbre pour attendre la venue de Korian.

 

Seulement Korian ne vint pas, pourquoi serait-il venu ? Il n’y avait rien à défaire.

 

Korian n’est certes pas venu, mais ce n’est pas pour autant qu’Ivonig n’eut pas de la visite. Vers minuit, un bien triste personnage, entièrement revêtu d’une longue cape, s’approcha d’Ivonig en marchant à pas feutrés. Oh ! Celui-là je le connais bien ! Il m’a même volé mon nom lors d’une de nos nombreuses rencontres, mais ceci, ceci est aussi une autre histoire que je vous conterai peut-être un autre jour.

 

Le Malin, puisqu’il faut bien l’appeler par ce nom, vint donc trouver notre pauvre Ivonig et lui tint ce langage.

 

-« Que t’arrive-t-il Ivonig Kerlae ? Aurais-tu des soucis avec ces petits sacripants des bois ? Je ne les aime pas beaucoup moins non plus, ces mauvais drôles ! Sais-tu qu’il leur arrive aussi de contrarier mes plans parfois ?»

 

-« Ce coquin de Korian ne perd rien pour attendre, qu’il se montre un peu ! » Cria Ivonig dans la nuit en brandissant sa pioche au-dessus de sa tête.

 

-« Je peux peut-être t’aider ? »

 

 

 

Ivonig demeura pétrifié un instant. Désespéré comme il l’était cela ne lui coûtait rien de parler avec le diable. Mais, de là à accepter son aide… hum ! Qu’est ce le cornu pourrait bien lui demander en échange ? Ivonig se risqua à prolonger cette conversation.

 

 

 

-« Malgré tous tes pouvoirs, sombre personnage, je ne vois pas bien comment tu pourrais m’aider ? »

 

-« Je pourrais demander à mes démons de te construire ton talus et ta route cette nuit et y ajouter une bonne dose de maléfice qui empêcherait Korian de le détruire ! »

 

 

 

Ivonig réfléchissait. La proposition du diable était bien tentante. Son talus et sa route construits en une seule nuit, Korian empêché de nuire, c’était plus qu’il ne pouvait en rêver. Seulement voilà, habituellement le cornu n’est pas du genre généreux.

 

 

 

-« Je dois avouer que ta proposition est tentante, mais ? Que me demandes-tu en retour ? Veux-tu que je te vende mon âme ? »

 

-« Oh non Ivonig ! Tu songes t’enrichir sur le compte des amis et des familles des morts, avec de telles pensées, tu peux être assuré que ton âme m’appartient déjà ! Ta place en enfer t’est déjà réservée !»

 

-« Alors que veux-tu ? »

 

 

 

Le diable ouvrit sa cape et tendit à Ivonig un panier en osier dans lequel il avait disposé douze bolées.

 

 

 

-« Prends ces bolées, après chaque enterrement, quand les villageois viendront boire chez toi au retour du cimetière, tu leur serviras le cidre dans ces bolées ! Je pense que les douze ne seront pas de trop ! Une fois que tu te seras servi des douze, tu pourras te servir des tiennes !»

 

-« C’est tout ? »

 

-« C’est tout ! »

 

-« Mais… ? Qu’ont-elles de spéciales ces bolées ? »

 

-« L’âme de celui ou de celle qui boira dans la dernière me reviendra à son trépas ! »

 

-« Une âme à chaque enterrement ! Tu n’y perds pas au change ! »

 

-« Tous ces gens se moquent de toi depuis que tu as eu l’idée de construire ce talus ! Que t’importe leurs âmes ! »

 

-« Et je dois impérativement me servir des douze bolées ! »

 

-« A chaque enterrement, sans faute, si tu acceptes de faire cela, je te construis route et talus cette nuit ! »

 

-« Et bien c’est d’accord ! Au diable tous ces idiots !»

 

-« Mais n’oublie pas, si jamais tu oublies de servir une bolée je viendrai détruire route et talus et te prendre ton âme sur le champ ! »

 

 

 

Le lendemain ne fut pas jour facile, Ivonig du expliquer à tous les villageois comment il avait pu réussir tout seul à construire le talus et la route en une seule nuit. Il leur expliqua que les fées, les elfes et les korrigans avaient eu pitié de son mauvais sort et étaient venus toute la nuit construire le talus pour lui. Il y avait de la magie là-dessus, c’est chose sûre, et les habitants de Ploven préférèrent accepter l’explication d’Ivonig plutôt que de se risquer à contredire un homme protéger par une action surnaturelle.

 

 

 

Marie Scavenec décéda trois jours plus tard. Tout les habitants de Ploven s’étaient rendus à ses funérailles et beaucoup d’entre eux s’arrêtèrent visiter la taverne toute neuve d’Ivonig au retour. Ce dernier sortit ses fameuses bolées toutes aussi neuves pour servir le cidre. Une, deux, trois… et ainsi de suite jusqu’à la douzième qu’il servit à ce bon à rien de Galarn Le Louarer venu en curieux voir l’établissement de son nouveau concurrent.

 

Trois semaines plus tard, Galarn fit une chute mortelle dans ses escaliers. Ivonig se rendit alors compte que, non seulement il allait faire fortune, mais qu’en plus le diable lui avait donné le moyen de se venger de ses compatriotes indésirables. On enterra Galarn deux jours plus tard, et Ivonig servit cette fois la douzième bolée à ce coquin de Gab Le Koz qui lui avait vendu un âne boiteux l’année passée.

 

Comme vous pouvez vous en douter, l’infortuné Gab décéda moins d’un mois plus tard, il fit une mystérieuse chute dans la rivière et s’y noya. A chaque décès, non seulement le bas de laine d’Ivonig se gonflait, mais en plus la dernière bolée lui garantissait la proximité d’un nouvel enterrement. Ivonig était heureux, d’autant que le décès de Galarn avait fait de lui le seul tavernier de Ploven.

 

Le seul qui ne rigolait pas dans cette histoire c’était Korian le Korrigan. Mais si vous connaissiez ces petits lutins aussi bien que moi vous sauriez qu’ils ne restent jamais bien longtemps sans rire.

 

L’enterrement de Gab avait été du genre festif, le dernier client d’Ivonig quitta la taverne sous les minuit. Notre tavernier, après avoir rangé son établissement, venait à peine de monter à l’étage se coucher quand il entendit du bruit venant du rez-de-chaussée. Peu rassuré, il descendit les marches une à une, sa main gauche équipée d’un bougeoir et l’autre, armée d’une de ses bottes lui servant de gourdin de fortune.

 

 

 

-« Qui va là ? Y’a quelqu’un ? » Se risqua-t-il à crier.

 

 

 

Son appel resta sans réponse seule une petite musique de harpe et de flutte flottait dans la pièce.

 

 

 

-« Répondez ! Y’a quelqu’un ? » Lança-t-il deux ou trois marches plus bas.

 

-« Viens ! Ce n’est que nous Ivonig ! Nous t’attendons pour faire la fête ! »

 

 

 

Ivonig n’en cru pas ses yeux. Une vingtaine, que dis-je, une trentaine, un quarantaine peut-être de Poulpikans et de Teuz dansaient au son de la musique jouée par un Harper-noz et un Tud-Gomon. Les korrigans s’étaient invités pour s’amuser dans son établissement. Ces joyeux drilles sautaient dans tous les coins, ils bougeaient tellement qu’on aurait pu croire qu’ils étaient une centaine.

 

 

 

-« Mais.. ? Mais… ? Que… ? Que… ? Que me voulez-vous ? »

 

-« Fêter ta réussite Ivonig ! » Lui répondit Korian dans son dos.

 

-« Korian ? Fêter ma réussite ? »

 

-« Tu as l’air surpris ! Pourquoi ? Nous ne t’en voulons pas tu sais ? Nous sommes réputés pour être joueur ! Et quand on est joueur il faut savoir être bon perdant ! Je ne sais pas comment tu as fait mais ta magie est plus forte que la mienne ! Je n’arrive pas à détruire ton dernier talus ! Tu as gagné ! J’ai perdu ! Faisons la fête ! Chantons, dansons et buvons toute la nuit pour fêter ta victoire ! »

 

 

 

Ivonig ne pensait qu’à une chose, aller dormir après sa rude journée. Il aurait bien voulu jeter tout le monde dehors. Cependant, il ne voulait pas contrarier Korian une seconde fois. Alors, il dansa et chanta en compagnie des farfadets. Soudain il se rendit compte que l’un d’entre eux était entrain de boire dans une des bolées du cornu.

 

 

 

-« Ah non ! » Cria-t-il en lui arrachant la tasse des mains. « Je vous interdis de boire dans mes plus belles bolées, vous pourriez me les casser. »

 

-« Quel rabat-joie ! C’est la fête Ivonig ! Laisse-toi aller ! » Lui répondit un autre korrigan qui buvait aussi dans une des douze bolées.

 

-« Rendez-moi ça ! »

 

-« Tu en fais une histoire d’un seul coup ! » Lui dit Korian, « Mais au fait, tu n’as pas encor trinqué avec nous ! Attends ! Il en reste une de propre ! Je te la remplie de suite ! Tiens !» Ajouta-t-il en lui tendant la bolée.

 

-« Une ? C’est… ? La dernière… ? »

 

-« Oui ! On a déjà bu dans toutes les autres ! Mais fait attention ! Arrête de trembler ! Tu vas tout renverser ! »

 

 

 

Ivonig ne savait plus quoi faire. Ce coquin de Korian devait être au courrant de son arrangement avec le cornu. S’il buvait, il était perdu à son tour. Les idées fusaient dans la tête à la vitesse de l’éclair tandis que son bras portait la bolée à ses lèvres d’un geste extraordinairement lent.

 

Le sourire lui revint soudain quand il s’aperçut qu’en définitif il ne risquait rien à boire dans cette bolée puisque quelqu’un avait déjà bu dedans en début de soirée. Le diable lui avait bien dit qu’il ne prenait qu’un âme par enterrement. Rassuré, Ivonig sourit, trinqua avec Korian, vida sa tasse d’une traite et continua de chanter et de danser.

 

 

 

Peu avant le petit jour, les korrigans prirent congé du tavernier. Ils sortirent un par un jusqu’au dernier. Korian, resté en retrait, se dirigea vers la porte en remerciant Ivonig pour cette très bonne soirée.

 

 

 

-« Kenavo Ivonig ! Et merci encore ! On a passé une nuit que je ne suis pas près d’oublier ! »

 

-« Merci Korian ! Moi aussi ! » Lui répondit-il sur le pas de la porte.

 

 

 

Soudain son regard fut attiré par un tas de terre qui se trouvait devant sa chaumière.

 

 

 

-« Qu’est-ce donc ? » Se demanda-t-il.

 

-« Ah c’est vrai ! Avec tout ça, j’ai oublié de te dire ! Quand on est arrivé chez toi hier soir, ton âne venait de mourir devant ta porte ! On a eu pitié de la pauvre bête, aussi, on l’a enterrée sans plus attendre ! »

 

 

 

A ces mots, Ivonig fut pris d’un malaise et tomba au sol, pour ne plus jamais se relever.

 

 

 

… Voilà gentes dames et gentes messieurs, l’histoire qui arriva par une nuit de pleine lune de la sainte année 1428 à Ivonig Kerlae, tavernier du bourg de Ploven. Souvenez-vous bien, qu’ à trop vouloir chercher le profit on finit souvent par rencontrer le cornu plus tôt que prévu.

 

Quand à moi, cette nuit-là, je repris mon balluchon et ma route à travers la lande brumeuse en me disant que décidément ce drôle de chemin tout caillouteux et boueux avait quand même la bonne idée de faire sortir de ma mémoire les doux parfums de mon enfance, foi de…

 

 

 
            …Yaouen Le Malin.
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