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Dans ce blog mon journal intime & aide css et design ect... un peu de tous, beaucoup de rien < -_- > Beaucoup de choses s'y trouve, un peu de moi s'y perd...

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Le cavalier de la nuit

Autrefois, au Port de Guipry, la foire de la Mi-carême jouissait d'une grande renommée. De tout le pays environnant on y venait pour acheter ou vendre chevaux,

 

bœufs et petits cochons. C'était une bonne journée pour le commerce local, et aussi une journée de détente et de rencontre pour les gens désireux d'oublier un moment la grisaille de l'hiver. On dit que les jeunes filles en âge de se marier y accompagnaient leurs parents avec le secret espoir de faire la connaissance de l'élu de leur cœur.

 

Cette année-là, pendant que son père et sa mère discutaient affaires avec un marchand au café de la halle, une jolie fille, assise sur le coin d'une hotte, assurait la garde des petits cochons qu'ils avaient amenés à la foire. Elle avait fière allure avec son chignon relevé derrière la tête. Au passage les hommes lui adressaient un regard admiratif. Presque dédaigneuse, la jeune fille n'avait d'yeux que pour un beau cavalier qui venait vers elle mais s'attardait à parler avec les gens de sa connaissance et n'en finissait pas d'arriver.

 

Leurs regards se croisèrent. Le cavalier, en même temps que son bonjour, lui adressa son sourire. Elle y répondit en rougissant. Il continua son chemin, se retournant plus d'une fois pour admirer la jeune fille. Leurs regards se croisèrent de nouveau. Le cavalier revint sur ses pas, descendit de cheval, s'assit sur la hotte à côté de la belle, et tous deux parlèrent jusqu'au retour des parents de la jeune fille. Le jeune homme les salua et prit congé, puis, enfourchant lestement sa monture, s'en alla en direction du Bourg de Guipry.

 

- Tu connais ce jeune homme ? demanda la mère.

 

- Non ! répondit la jeune fille en haussant les épaules. "Nous n'avons parlé que peu de temps. Je sais seulement qu'il habite le haut de Guipry et qu'il veut m' épouser ".

 

- Tu n'y penses pas, ma fille ! reprit la mère. Tu n'as que seize ans. Il n'est pas question de mariage.

 

En même temps elle souleva le couvercle de la hotte et ajouta :

 

- Les petits cochons sont pour ainsi dire vendus. Le marchand vient les voir et, je pense, va en prendre livraison. Ensuite nous rentrons à la maison.

 

L'affaire fut conclue après un "tope-là" énergique et tous prirent à pied le chemin de la petite ferme qu'ils exploitaient dans un village près de la Noë-Blanche,

 

laissant à un de leurs voisins le soin de ramener la hotte vide dans sa charrette. Le retour se fit dans le silence. La mère remuait quelquefois les lèvres comme si elle tenait conversation à quelqu'un. Mais elle ne disait pas un mot. Le père, lui, marchait devant à grandes enjambées, pressé de rentrer. La jeune fille suivait en retrait de sa mère. À voir le sourire qui éclairait son visage, elle rêvait sûrement à son beau cavalier.

 

Les jours suivants la jeune fille parla de la demande en mariage que lui avait faite le cavalier du Port. Elle se heurta de nouveau au refus de ses parents, surtout celui de sa mère, de plus en plus obstinée dans sa fin de non-recevoir - Tu es déjà promise, lui dit-elle.

 

Pourtant les amours de la jeune fille allaient au mieux. Les amoureux se voyaient régulièrement. Sous prétexte d'emmener son troupeau de bêtes pâturer sur les landes de Tréhel ou de Trélan, elle rencontrait alors son beau cavalier venu la retrouver aux heures et aux endroits convenus. Les parents ne se doutaient de rien.

 

Pour arriver à leurs fins les amoureux imaginèrent une ruse. Deux ou trois fois par semaine le jeune homme viendrait à la ferme, de nuit, avec son cheval et en ferait le tour en causant le plus de bruit possible. Située à l'écart du village, la ferme se prêtait parfaitement à ce genre d'action. Il n'y aurait pas la moindre gêne pour les voisins.

 

Une nuit, vers deux heures du matin, le cavalier arriva à pied d'œuvre alors que le père et la mère, fatigués de leur travail de la veille, dormaient à poings fermés. La jeune fille, quant à elle, au courant de cette visite nocturne, ne sommeillait que légèrement. Le cavalier s'arrêta devant la pièce où reposait toute la famille. Le chien de garde aboya. Les parents se réveillèrent en sursaut.

 

- Qu'est-ce que c'est ? susurra le père en se frottant les yeux.

 

- Je ne sais pas répondit la mère. Lève-toi et regarde par les carreaux de la fenêtre. Tu vas te rendre compte !

 

À ce moment le jeune homme éperonna son cheval et poussa un " Hue ! Dia ! " retentissant. La monture entraîna le cavalier à vive allure autour des bâtiments de la ferme et disparut dans la nuit.

 

- Mais que se passe-t-il ? s'écria le père. Jamais il n'avait été dérangé ainsi la nuit. - C'est sûrement un voleur, reprit la mère. As-tu entendu, ma fille ?

 

La jeune fille balbutia quelques mots volontairement incompréhensibles :

 

- Que dis-tu, maman ! .... Hein ! je ne sais pas.

 

- Dors donc ! interrompit vivement le père.

 

Mais lui et sa femme ne purent refermer l'œil jusqu'au petit matin. Seule la jeune fille trouva le sommeil. À son réveil, ses parents étaient déjà occupés à soigner leurs bêtes.

 

La nuit suivante, à la même heure que la veille, le cavalier revint à la ferme et en fit le tour au galop de son cheval. Les parents de la jeune fille, réveillés par le bruit, sursautèrent encore dans leur lit.

 

- Va donc voir ce qui se passe ! demanda la mère.

 

- C'est comme hier. Je ne peux tout de même pas passer ma nuit dehors pour un cheval qui galope, répliqua le père.

 

Tous les deux ne purent se rendormir et passèrent le reste de la nuit à se demander qui pouvaient bien être ce cavalier et ce cheval mystérieux venus les empêcher de dormir. Des voisins malveillants ? Un tour du diable ? Un acte de sorcellerie ?

 

Toutes ces questions leur embarrassèrent l'esprit durant la journée et encore plus les jours et les nuits suivants. Car le cavalier revenait régulièrement faire le tour de la ferme. Les parents ne dormaient plus. Ils s'énervaient pour un rien, manquaient d'appétit et passaient leurs journées sans parler.

 

- Je vois bien que ces histoires-là vous embêtent, dit un soir la jeune fille à ses parents. J'ignore qui vient toutes les nuits faire le tour de la maison, mais je suis persuadée que si vous me laissiez me marier comme je le veux, eh bien ! ça irait beaucoup mieux ... Vous voulez me marier contre mon gré. Moi, je ne veux pas. Je suis sûre que quelqu'un me protège. C'est lui qui vous envoie ce cavalier pour vous obliger à renoncer à vos mauvais desseins. Tout cela, je le crois... Je n'épouserai jamais l'homme que vous m'avez choisi. J'épouserai celui que j'aime !

 

Devant un discours aussi ferme, les parents ne purent qu'accéder aux souhaits de leur fille :

 

- Marie-toi comme tu l'entends... Mais que ce maudit cavalier ne revienne jamais Qu'on nous laisse enfin dormir ! finirent-ils par ajouter, lassés de ces désagréments.

 

- Je le souhaite comme vous ! répliqua la jeune fille.

 

Dès le lendemain elle annonça la bonne nouvelle à son amoureux sur les landes de Tréhel... Le cavalier de la nuit ne revint pas à la ferme.

 
Le mariage fut décidé. La fête dura presque une semaine. Mais jamais les parents ne surent que le jeune homme, devenu leur gendre, était le cavalier qui les avait importunés pendant tant de nuits.
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