Non loin du village de Gominé (en Saint-Ganton) se trouve un vieux moulin à vent dont la haute silhouette a mal résisté aux bourrasques du temps. Ses ailes sont tombées, sa toiture s'est envolée. Il sombre peu à peu dans l'oubli, emportant avec lui ses secrets et le souvenir de ses beaux jours passés.
Autrefois le meunier du lieu était connu de tout le pays à la ronde. On venait de très loin à son moulin. Ses moutures étaient mieux réussies que celles des autres meuniers des environs. Il est vrai aussi qu'il était bien secondé par la jolie fille qu'il avait épousée au moment où il s'était mis à son compte.
Les mauvaises langues racontaient que cette femme était de mœurs légères, qu'elle savait attirer les hommes et payait beaucoup de sa personne durant les absences de son mari parti livrer ses pochées. Cette rumeur incitait les femmes du pays à accompagner de temps à autre leurs hommes au moulin. Elles pouvaient ainsi mieux les surveiller.
Le meunier, quant à lui, n'ignorait pas son infortune, mais il ne semblait pas y prêter attention outre mesure. L'argent l'intéressait plus que tout, et pour l'instant le commerce était prospère.
Hélas ! la jolie meunière mourut en pleine jeunesse. Peut-être pour s'être trop donnée, mais on dit que le meunier, devenu subitement jaloux, la frappa de plusieurs coups de couteau. Tous ceux qui profitaient de ses charmes en eurent beaucoup de chagrin.
D'éloge funèbre il n'en fut point dit. Le meunier creusa un trou devant la porte d'entrée du moulin et y enterra sa femme. Les paysans, franchissant par la suite son seuil, ne se doutaient pas alors qu'ils enjambaient le corps de la belle meunière.
Le meunier savourait ainsi sa vengeance de mari trompé. En venant au moulin, s'était-il dit, les hommes du pays seront encore obligés de lui passer dessus.
C'est depuis ce temps-là que le moulin aurait pris le nom de "Moulin de la tombe".